Dans un précédent post un peu théorique et "philosophique" (version circuit de course...), j'avais abordé la notion de "nature" à travers l'histoire, au renfort de l'excellent ouvrage, La nature férale ou le retour du sauvage, corédigé par Jean-Claude Génot et Annik Schnitzler, deux écologues spécialistes des environnements forestiers. Je compte y puiser à nouveau ma matière aujourd'hui car il est, dans ses réflexions liminaires, d'une clarté limpide.
Je souhaite aujourd'hui revenir sur des mots que nous entendons souvent (biodiversité, par exemple), et d'autres beaucoup moins (notamment la féralité) mais qui ne renvoient pas aux mêmes concepts, et surtout, dans une logique de complémentarité, sont intéressants à connaître pour qui s'intéresse aux systèmes naturels.
Je trouve qu'à l'heure où l'on peut s'interroger sur la protection des écosystèmes, cette mise au point n'est pas inutile.
La biodiversité
La diversité biologique est connue des savants depuis très longtemps : c'est la diversité des espèces animales et végétales, la diversité des écosystèmes, et depuis une époque plus récente, la diversité génétique. Pourtant, le terme que nous employons désormais très souvent, la biodiversité, est apparu dans les années 1980. Il est la traduction du mot anglais biodiversity (contraction de biological diversity).
Pourtant, c'est lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 que ce terme a pris une ampleur médiatique. En quelques années, il est devenu incontournable. La notion de biodiversité est devenue inséparable de la question de la responsabilité de l'homme dans la disparition des espèces. Cependant, il reflète également en partie le caractère dynamique et évolutionniste des interactions entre les espèces, leurs milieux, etc. Néanmoins, pour mieux souligner ces derniers aspects, un autre concept, celui de biocomplexité, a été introduit.
Ainsi, comme nous l'avions vu, si le terme de "nature" a souvent été trop vague ou trop sujet à interprétations, restant plutôt un objet d'étude en sciences humaines, en philosophie, etc. le mot de biodiversité est devenu un objet central dans les techno-sciences : les biologistes, notamment, ont identifié progressivement les hauts lieux de la biodiversité, à protéger prioritairement. Ces "hauts lieux" peuvent être notamment des forêts tropicales primaires, et sont caractérisés, notamment, par des taux élevés d'endémisme des espèces végétales ou animales.
Cet effort d'identification, de classement et de protection (contre les dégradations), comme le notent dans leur ouvrage Jean-Claude Génot et Annik Schnitzler, ressemble fort à une sorte d'Arche de Noé du XXIe siècle... Vous avez forcément entendu le terme de "réserve de biodiversité", n'est-ce pas ?
La naturalité
Construit à partir du mot "nature", le terme de naturalité exprime la qualité d'être naturel. Il s'agirait donc d'un état naturel, ou spontané, qui s'oppose à ce qui est cultivé, domestiqué, et plus généralement à l'artificialité, à savoir ce qui est produit par la technique. Ainsi, il est envisageable de mesurer, de quantifier un niveau progressif d'artificialité d'un milieu, un niveau d'interférence entre l'homme et un milieu naturel.
On pourrait distinguer deux types de naturalité :
- Une naturalité "rétrospective", qui correspondrait à une diversité du vivant existant "avant" les modifications profondes engendrées par l'homme.
- Une nature "prospective" liée à des espèces venues spontanément ou du fait de l'influence humaine, y compris exotiques.
On peut néanmoins aller plus loin dans l'analyse, et envisager différents moments soit "rétrospectifs" (fin de la naturalité "originelle" à partir du Néolithique, évolution des écosystèmes depuis différentes époques charnières de l'histoire humaine, etc.) soit "prospectifs" (naturalité potentielle qui apparaîtrait si l'influence humaine s'interrompait temporairement ou définitivement - des espèces auraient disparu, d'autres auraient été introduites, continueraient d'évoluer, tout comme les sols continueraient à évoluer, etc.)
Wilderness
Ce terme anglais ne possède pas vraiment de traduction en français, mais pourrait néanmoins être traduit par "nature sauvage", ou "nature vierge". Il provient de l'évolution du vieil anglais self-willed land, que l'on pourrait traduire par "terre soumise à sa propre volonté".
Aux États-Unis, où le concept s'est développé, il est question d'une "aire de terre (publique) non développée, conservant son caractère primitif et son influence, sans amélioration permanente ou sans habitation humaine, gérée de telle manière à préserver ses conditions naturelles". Généralement de grande étendue, l'aide de wilderness est donc un vaste espace sauvage qui possède un haut degré de naturalité.
Il faut savoir que le Parlement européen, en 2009, a adopté un rapport sur la wilderness : Wild Europe, initiative regroupant plusieurs partenaires institutionnels et associatifs, vise à mettre en place ce genre de zone protégée, où l'homme reste au maximum un visiteur qui ne reste pas.
Féralité
La féralité se dit d'un animal anciennement domestiqué ou issu d'une sélection en élevage, revenu à l'état sauvage, et adapté à son nouveau milieu naturel. Pour les botanistes, le concept peu-être étendu à des plantes cultivées "échappées" et re-naturalisées. Les paysages évoluent alors spontanément en conservant les empreintes de leur passé cultural (ou tout autre usage). On pourrait alors parler de "ré-ensauvagement" : la nature laissée à ses seuls processus, sans intervention directe de l'homme, va évoluer de manière difficilement prévisible. Elle ne va pas "revenir" à celle qui prévalait si l'homme n'avait pas initialement détruit les écosystèmes préexistants : les sols, les espèces, les liens fonctionnels ne seront plus les mêmes.
Cependant, si ces espaces "ré-ensauvagés" ne sont pas utilisés pendant des siècles, et qu'ils sont bien protégés, ils pourront acquérir un état de maturité fonctionnelle : par le cycle sylvigénétique (cycle naturel d'une forêt sauvage), notamment. Des espaces ouverts peuvent ainsi redevenir boisés, ou inversement, des zones arborées peuvent évoluer vers des zones de tourbières, de marais, etc. Dès lors, ces espaces serviront de refuge à des espèces animales qui ne trouvent plus leur place dans des milieux fortement artificialisés (en tout cas une présence humain caractérisée : usage agricole, forestier, industriel, urbain, mais aussi dans une moindre mesure chasse, pêche, etc.).
Plus le temps est long, plus l'écosystème est protégé des influences humaines.
Plus les espaces entourant la nature férale ont été préservés et sont riches en espèces sauvages, plus sa résilience et sa résistance face aux stress environnementaux seront élevés.
Ainsi, la nature férale, comme objectif, permet de sortir de l'impasse idéologique de la nature "vierge", "intacte", qui n'est plus qu'une vision théorique depuis des siècles, voire des millénaires. En quelque sorte, c'est une nature reconstituée par elle-même après abandon par l'homme.
Je m'en tiens là pour aujourd'hui. Je pense que je me servirai encore de cet ouvrage pour évoquer d'autres sujets liés à l'écologie, sans doute plus "pragmatiques", concrets (lors d'un prochain post, je reviendrai sans doute sur les vertus du bois mort).
J'ai énormément de documentation sur différents sujets liés à l'écologie, aux animaux, aux plantes, etc. Et je ne les consulte pas assez. Faire des petites fiches de lecture comme celle-ci (il faut appeler un chat un chat, je n'invente rien), m'aide à faire le point moi-même.😉
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