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lundi 27 novembre 2023

Soirées de novembre

Hier seulement sont arrivées les premières gelées, encore timides ici, bientôt balayées par le retour des pluies (ça nous manquait...)



Difficile, très difficile de publier un billet avec ce temps abominable qui a marqué tout le mois de novembre en Normandie (et ailleurs), mais bon, avec un peu de patience, et quelques éclaircies (le soir, notamment), je suis parvenu à faire quelques prises de vue...





Balade dans bambous, où il faut faire un peu de nettoyage...


L'automne aussi, une bambouseraie a son charme... et donne de la hauteur.



Evidemment, la grande attraction de novembre, c'est l'érable. Cette année, il est passé à toute vitesse du vert vers le jaune avant de perdre ses feuilles subitement... mais c'est joli également.




Le soir tombant, j'ai pu prendre quelques photos de la forêt et des champs, prises à la volée pendant le footing... cela ne rend pas justice aux impressions que j'ai pu en avoir (qui plus est, les photos sont prises avec le téléphone...). Mais on voit bien que nous sommes passés en quelques jours de belles teintes orangées / jaunes à un brun grisâtre... qui dégage néanmoins une quiétude profonde...




Et au jardin, il y a encore quelques belles choses à regarder...

Mes chers fusains...


Un nid de frelons abandonné désormais, tout en haut de nos bouleaux...




Et les étourneaux se détachent en ombre sur le ciel du soir. Rendez-vous en décembre pour d'autres articles... si le temps est favorable !


samedi 11 novembre 2023

Flores anciennes #1 - L'herbier de Bock

C'est l'automne, la météo semble bloquée sur une pluie battante, et je n'ai pas toujours la possibilité ou le temps de faire une escapade dans la forêt ou ne serait-ce que dans le jardin pour prendre de belles photos. C'est bien dommage, mais mon matériel photo me crie : "Je déteste la pluie !".

Qu'à cela ne tienne ! Cela m'offre l'occasion d'inaugurer une nouvelle rubrique qui me tenait un peu à cœur et que j'hésitais à mêler aux billets dédiés à mes propres observations et photographies... à savoir une rubrique consacrée à des herbiers et autres ouvrages anciens / historiques consacrés à la nature, la botanique, et pourquoi pas aux animaux (un peu de zoologie ancienne). Que voulez-vous, je reste historien de formation, et comme on dit : "On ne se refait pas" et "Chassez le naturel, il revient au galop". Et puis c'est mon blog, je fais un peu de ce que je veux ;-)

Toujours est-il que la botanique et autres sciences naturelles ne sont pas mes spécialités premières et que je compte, comme toujours, laisser la place à l'image, car cela reste bien la vocation de ce blog que de montrer de belles choses, de s'instruire, et de s'émerveiller. Un petit article historique de temps en temps... pour ne pas laisser le site se faner.

Et avoir un peu de lecture, car d'ordinaire ce sont plutôt des photos.

***

Pour commencer, j'ai choisi l'herbier de Hieronymus Tragus, plus communément connu en français sous le nom de Jérôme Bock (à ne pas confondre avec Jérôme Bosch, le peintre du XVe siècle), der  Kreütterbuch, publié en 1539 pour la première fois.


Jérôme Tragus, pasteur luthérien contemporain des prémices de la réforme du même nom, au XVIe siècle, a même été en contact avec son fondateur, Martin Luther. Cet érudit pratiquait également les fonctions de médecin et d’apothicaire. Exilé à Sarrebruck, à la suite des troubles religieux, il devint médecin à la cour du Comte de Nassau. 

A partir du XVe siècle, la botanique s'est développée comme une discipline scientifique distincte de l'herboristerie et de la médecine, mais a continué de contribuer à ces deux domaines. Plusieurs facteurs ont permis le développement et le progrès de la botanique au cours de ces siècles : l'invention de l'imprimerie, l'apparition du papier pour la préparation des herbiers, et le développement des jardins botaniques. Tous ces facteurs, combinés à l'essor des voyages au long cours, ont permis une augmentation significative du nombre d'espèces connues et la diffusion des connaissances locales, régionales ou internationales.

Bock figure ainsi au premier rang des restaurateurs de la botanique au XVIe siècle. Ses études des plantes résultaient d’observations effectuées sur le vif, dans la nature, au cours de fréquentes excursions dans les Ardennes, les Vosges, le Jura, les Alpes Suisses et les bords du Rhin. Ses descriptions de fleurs étaient claires, il prenait en considération des éléments que ses prédécesseurs avaient ignorés. Il reconnaissait la corolle, les étamines et les pistils comme parties essentielles de beaucoup de fleurs et il est probablement le premier botaniste du XVIe siècle à avoir compris la nécessité d’une classification. Il renonce ainsi à l'ordre alphabétique et classe les plantes suivant qu'elles sont sauvages ou cultivées, que ce soient des arbres, des arbustes ou des herbes.

Cependant, loué pour ses admirables descriptions, l'édition originale de 1539 ne comportait aucune illustration. Toute la partie iconographique du recueil fut confiée, dès l'édition datée de 1546, au peintre de fleurs David Kandel, qui conçut et exécuta ainsi plus de 500 dessins de botanique, gravés sur bois dans l’ouvrage. 

Bien que quelques représentations étaient inspirées des ouvrages de botaniques contemporains, comme ceux des botanistes Fuchs et Brufels, la plupart des illustrations étaient originales.

Beaucoup des gravures reprennent la présentation assez classique d’un herbier du XVIe siècle. Certaines, empreintes de fantaisie, sont cependant prétexte pour l’auteur à la représentation d’une scène animalière ou d’une scène animée, sur fond d’arbre ou de plante.

Son livre débute par la description de l'ortie. Habituellement, les ouvrages commençaient toujours par les espèces les plus rares, le fait que Bock débute sa flore par une espèce extrêmement commune constitue donc une révolution.



Cela fait tout drôle de retrouver des herbes aromatiques que j'ai moi-même plantées cette année... Comme l'hysope...




Quel bonheur d'y retrouver la nigelle, cette fleur que j'aime tant... Et dont les semis sont extrêmement abondants (cette année, un sachet de graines semées, et à la récolte : l'équivalent d'une douzaine de sachets... c'est économique !)



On retrouve également des représentations d'arbustes et d'arbres qui sont de toute beauté... Comme les fusains (qui font leurs fruits en ce moment jusqu'à fin décembre, c'est absolument magnifique... cela m'a donné envie de sortir le nez dehors et de les photographier). J'adore les fusains, cela me remonte le moral par temps pluvieux.



Les illustrations suivantes sont tirées de l'édition de 1572.




Il est intéressant de voir comment certaines gravures reprennent encore les codes et le symbolisme de l'iconographie médiévale, le pommier étant toujours représenté comme l'arbre du péché originel, avec la présence du serpent, et le crâne à son pied.


Voilà. Je ne vais pas dévoiler les 500 gravures (quel travail colossal...) ici, mais pour les curieux désireux d'en voir davantage, voici la source de cette édition (celle de 1546). Le site de Gallica (Bibliothèque nationale de France) propose également une édition (datée de 1595)


jeudi 28 septembre 2023

Rencontre avec Romulus et Shirokane... et le pic-épeiche

Nous n'avions jamais planté d'asters jusqu'à cette année, et je crois que c'est une expérience qui va être réitérée. En plus, il s'agit de fleurs vivaces, alors pourquoi se priver ? Je verrais bien un pied de chrysanthèmes avec... Et visiblement, ces fleurs attirent également beaucoup les osmies qui sentent le changement de saison se profiler... dernières réserves... c'est un peu mélancolique quand même.

Mais quelles couleurs !

Aujourd'hui, notre superbe ami Romulus le rouge-gorge, et Shirokane, le moineau femelle au plumage blanchi (il s'agit de leucisme)... ils viennent nous voir tous les jours...


 
Il a fait plus de 20°C aujourd'hui et les fleurs se portent bien... très bien même. A en juger par cette capucine...

Et voilà sa feuille. Cela me rappelle une sorte de mini-nénuphar...

Notre tour aromatique. Quand je pense aux petits plants que nous avons mis en terre en début de saison... Si cela passe bien l'hiver, ce sera le gros lot ! Estragon, aurone, romarin, sauge officinale, et maintenant un deuxième pied de sarriette.

Les fusains...

L'aubépine qui est en avance par rapport à l'année dernière (?)

Et pour terminer, une épeire diadème devant les sauges microphylla... Et, last but not least, une bonne vue de notre ami le pic-épeiche, toujours aussi difficile à photographier du haut de ses cimes...

dimanche 16 octobre 2022

Au jardin quand s'achève la récolte des fruits...

Le temps : Pluie éparses, 17°C. 

La récolte des noix et des pommes a pris fin. Le temps est doux malgré la pluie, et on entend encore le pic épeiche s'agiter dans les hauteurs du noyer. Les frelons et quelques osmies s'affairent dans les lierres qui ont tous fleuri abondamment. Quelques insectes profitent des fleurs de sauge qui ont encore fière allure...


Le plus joli du moment reste encore les aubépines aux fruits écarlates.

Le chêne sessile du fond du jardin nous gratifie de beaux glands mûrs avec leur belle teinte mordorée. Et voici que quelques mètres plus loin, les fruits des fusains ont déjà viré au rose vif... Bientôt les arbres et toute la forêt vont se parer d'éclatantes teintes automnales...

Quelques mots de poésie pour marquer cette récolte et les couleurs d'automne... Peut-être un peu trop de mélancolie là-dedans.

 Aux jours où les feuilles jaunissent,
Aux jours où les soleils finissent,
Hélas ! nous voici revenus ;
Le temps n’est plus, ma-bien-aimée,
Où sur la pelouse embaumée
Tu posais tes pieds blancs et nus.

L’herbe que la pluie a mouillée
Se traîne frileuse et souillée ;
On n’entend plus de joyeux bruits
Sortir des gazons et des mousses ;
Les châtaigniers aux branches rousses
Laissent au vent tomber leurs fruits.

Sur les coteaux aux pentes chauves,
De longs groupes d’arbustes fauves
Dressent leurs rameaux amaigris ;
Dans la forêt qui se dépouille,
Les bois ont des teintes de rouille ;
L’astre est voilé, le ciel est gris.

Cependant, sous les vitres closes,
Triste de la chute des roses,
Il n’est pas temps de s’enfermer ;
Toute fleur n’est pas morte encore ;
Un beau jour, une belle aurore
Au ciel, demain, peut s’allumer.

La terre, ô ma frileuse amie !
Ne s’est point encore endormie
Du morne sommeil de l’hiver...
Vois ! la lumière est revenue :
Le soleil, entr’ouvrant la nue,
Attiédit les moiteurs de l’air.

Sous la lumière molle et sobre
De ces soleils calmes d’octobre,
Par les bois je voudrais errer !
L’automne a de tièdes délices :
Allons sur les derniers calices,
Ensemble, allons les respirer !

Je sais dans la forêt prochaine,
Je sais un site au pied du chêne
Où le vent est plus doux qu’ailleurs ;
Où l’eau, qui fuit sous les ramures,
Échange de charmants murmures
Avec l’abeille, avec les fleurs.

Dans ce lieu plein d’un charme agreste,
Où pour rêver souvent je reste,
Veux-tu t’asseoir, veux-tu venir ?
Veux-tu, sur les mousses jaunies,
Goûter les pâles harmonies
De la saison qui va finir ?

Partons ! et, ma main dans la tienne,
Qu’à mon bras ton bras se soutienne !
Des bois si l’humide vapeur
Te fait frissonner sous ta mante,
Pour réchauffer ta main charmante
Je la poserai sur mon cœur.

Et devant l’astre qui décline,
Debout sur la froide colline,
Et ton beau front penché sur moi,
Tu sentiras mille pensées,
Des herbes, des feuilles froissées
Et des bois morts, monter vers toi.

Et devant la terne verdure,
Songeant qu’ici-bas rien ne dure,
Que tout passe, fleurs et beaux jours,
A cette nature sans flamme
Tu pourras comparer, jeune âme,
Mon cœur, pour toi brûlant toujours !

Mon cœur, foyer toujours le même,
Foyer vivant, foyer qui t’aime,
Que ton regard fait resplendir !
Que les saisons, que les années,
Que l’âpre vent des destinées
Ne pourront jamais refroidir !

Et quand, noyés de brume et d’ombre,
Nous descendrons le coteau sombre,
Rayon d’amour, rayon d’espoir,
Un sourire, ô ma bien-aimée !
Jouera sur ta lèvre embaumée
Avec les derniers feux du soir.

Auguste Lacaussade, Les soleils d'octobrePoèmes et Paysages (1852).